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La dernière usine de kufiyas palestinienne résiste — découvrez pourquoi tout le monde se l’arrache malgré la guerre

La dernière fabrique de kufiyas en Palestine : quand savoir-faire et résilience résistent au temps

Entrer dans l’atelier Hirbawi, c’est comme pénétrer dans une capsule temporelle où le cliquetis des vieux métiers à tisser raconte des décennies d’histoire. Ici, à Hébron, une entreprise familiale tient bon : depuis 1961, elle continue de produire la kufiya — ce carré de coton à damier blanc et noir devenu icône planétaire — alors que le monde a délocalisé la fabrication à grande échelle. Pour MadameMary.fr, il me paraît essentiel de raconter l’histoire de ces artisans qui, entre traditions et tourments, préservent un petit trésor de patrimoine textile.

Un accessoire humble devenu symbole

La kufiya n’a pas toujours été ce symbole immédiatement associé à la Palestine. À l’origine, c’était une pièce utilitaire portée par les paysans, les bergers et les nomades dans différentes régions du monde arabe — d’Irak à la Syrie en passant par la Jordanie. Son rôle ? Protéger du soleil, du vent, du sable et de la poussière. Les motifs, les couleurs et les noms varient selon les territoires, mais la fonction reste la même : une élégante simplicité née d’un besoin quotidien.

Au fil du XXe siècle, l’accessoire a changé de statut. Il est devenu l’uniforme discret des insurgés pendant la révolte arabe de 1936, unifiant visuellement des populations diverses pour dissimuler des identités. Puis, progressivement, des figures politiques emblématiques, comme Yasser Arafat avec sa kufiya noire et blanche, ont ancré ce foulard dans l’imaginaire collectif mondial. Voilà comment un simple carré de tissu a fini par représenter une cause, une identité et des solidarités.

Hirbawi : la manufacture qui a refusé de céder

Si la kufiya s’est mondialisée, la production locale, elle, a presque totalement disparu. Face à l’arrivée de produits importés, souvent fabriqués en Chine et vendus à bas prix, les ateliers palestiniens ont fermé les uns après les autres. Hirbawi, fondée par Yasser Hirbawi, a pourtant survécu aux décennies : de 150 000 unités annuelles en 1993 à seulement 10 000 en 2010, puis à une production réduite mais symbolique en 2026. Pourquoi ? Parce que, parfois, la qualité, l’authenticité et l’attachement à un savoir-faire pèsent plus que la rentabilité immédiate.

Machines anciennes, gestes immuables

Les métiers à tisser de l’atelier fonctionnent encore, souvent avec des pièces de rechange introuvables aujourd’hui. Les ouvriers bricolent, adaptent et maintiennent en vie ces instruments vieillissants — un geste d’amour pour un objet façonné à la main. Cette intimité avec le processus de fabrication confère aux kufiyas de Hirbawi une âpreté et une profondeur qu’aucune production industrielle ne peut imiter. Chaque foulard porte l’empreinte d’un geste humain, d’une histoire familiale et d’une mémoire collective.

Un regain d’intérêt lié à l’actualité

La guerre de Gaza d’octobre 2023 a provoqué une onde de solidarité mondiale qui s’est traduite, paradoxalement, par un regain d’intérêt pour les kufiyas produites à Hebron. Les consommateurs recherchent de plus en plus l’authenticité et, dans ce contexte, acheter une kufiya fabriquée localement devient aussi un acte symbolique. Les stocks d’Hirbawi s’épuisent rapidement lors des restocks : il faut parfois s’inscrire sur des listes d’attente pour obtenir un modèle, preuve que, malgré les circonstances tragiques qui ont ravivé la demande, la reconnaissance du travail artisanal existe bel et bien.

Entre commerce, éthique et émotion

Acheter une kufiya Hirbawi, ce n’est pas seulement s’offrir un accessoire de mode : c’est soutenir une filière artisanale menacée, valoriser un patrimoine immatériel et, pour beaucoup, participer à un geste de solidarité. Le prix demandé — aux alentours de 40 euros lors des dernières mises en vente — reflète le coût réel d’un travail manuel, la rareté et la charge symbolique qui entoure l’objet. Pour celles qui aiment les pièces chargées d’histoire, la kufiya authentique devient un achat de cœur autant que de style.

Ce que ce savoir-faire nous enseigne

La pérennité d’Hirbawi rappelle plusieurs leçons importantes pour notre époque : la valeur du fait-main, la résilience des petites entreprises face aux crises et l’importance de préserver les gestes hérités. Dans un monde où la mode est souvent éphémère et industrialisée, ces objets tissés à la main sont des témoins d’une autre économie — plus lente, plus humaine.

Alternatives et découvertes pour nos lectrices

  • Si vous cherchez une kufiya authentique, sachez que les réassorts chez Hirbawi sont mensuels : il peut être utile de rejoindre une liste d’attente pour ne pas rater la prochaine mise en vente.
  • Pour celles qui veulent une touche d’histoire dans leur garde-robe sans forcément acheter un foulard, pensez aux accessoires artisanaux similaires : tote bags brodés, petites maroquineries ou bijoux fabriqués localement.
  • Si l’éthique vous importe, privilégiez toujours des pièces issues d’ateliers respectueux, où la fabrication locale et le savoir-faire sont garantis.
  • En tant que magazine dédié aux plaisirs du quotidien, à la découverte et au shopping responsable, MadameMary.fr aime mettre en lumière ces histoires d’artisans qui résistent. La kufiya de Hirbawi est devenue, à sa manière, une pièce de musée vivante : elle porte le poids des territoires, des luttes et des traditions, tout en continuant à réchauffer les cous et à susciter l’admiration de celles qui savent regarder au-delà du motif.

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