Quand le travail ronge la santé : le constat glaçant pour 88 % des femmes

Les chiffres sont là pour nous secouer : selon le V Baromètre FEDEPE, la surcharge combinée du travail salarié et des tâches domestiques pèse lourdement sur les corps et les esprits des femmes. À l’heure où l’on parle encore d’égalité et d’empowerment, près de 9 femmes sur 10 reconnaissent que la pression professionnelle et familiale détériore leur santé mentale. En tant que fondatrice de MadameMary.fr, j’ai envie de regarder ces données en face, d’en comprendre les ressorts et, surtout, d’explorer des pistes concrètes pour que nos journées ne se paient plus au prix de notre bien‑être.

Un héritage qui pèse : pourquoi les femmes accumulent tant de charge

La promesse des années 90 — pouvoir « tout être » à la fois — a laissé des traces lourdes. Le modèle de la « superwoman » a sublimé la possibilité d’allier carrière, foyer et vie sociale, sans jamais remettre en cause la répartition réelle des tâches. Le résultat ? Un cumul d’activités rémunérées et non rémunérées qui use sur le long terme. Le baromètre révèle que 87,4 % des femmes disent ressentir un impact négatif sur leur santé physique et 88,7 % sur leur santé mentale à cause de cette surcharge : des pourcentages qui ne mentent pas.

Autre donnée frappante : seulement un quart des femmes enquêtées occupe un poste de haute responsabilité. Le problème n’est donc pas uniquement la pression liée aux postes élevés, c’est l’accumulation du travail productif et du travail de soin non rémunéré, qui reste largement assumé par les femmes.

Le soin invisible : travail gratuit, conséquences visibles

Appeler « instinct » ou « amour » le travail domestique a été l’une des stratégies qui a rendu ce labeur invisible et impayé. Pourtant, il représente aujourd’hui une part considérable du temps et de l’énergie des femmes. À l’échelle globale, les femmes fournissent environ trois fois plus d’heures de travail non rémunéré que les hommes. En Espagne, par exemple, 34 % des travailleuses consacrent quatre heures par jour au soin d’enfants ou d’aînés — et ces heures viennent s’ajouter à un travail salarié et aux tâches ménagères quotidiennes.

Les coûts concrets : anxiété, dépression et usure

Les conséquences de cet équilibre brisé apparaissent clairement dans la santé mentale : 19,8 % des femmes déclarent souffrir d’anxiété et 10,3 % ont reçu un diagnostic de dépression. Ces chiffres ne sont pas des plaintes isolées, ce sont des signaux d’alarme qui indiquent que notre organisation sociale et familiale est en crise. Le manque de corresponsabilité — le fait que près de 99 % des femmes ressentent l’impact direct de l’absence de partage des tâches — amplifie encore cette détérioration.

Le travail, la famille, et la question de la corresponsabilité

La clé de lecture est là : la santé et le bien‑être des femmes sont intimement liés à la répartition des responsabilités domestiques et familiales. Tant que le travail de soin restera principalement féminin, les pressions accumulées continueront d’affecter l’équilibre et la carrière professionnelle. Les chiffres montrent qu’il ne suffit pas d’insérer plus de femmes dans le monde du travail : il faut transformer en profondeur la manière dont la société organise et reconnaît le travail de soin.

Des pistes urgentes à mettre en œuvre

  • Promouvoir des politiques d’entreprise flexibles : horaires modulables, télétravail réfléchi, congés parentaux encouragés et véritablement partagés.
  • Encourager la corresponsabilité au foyer : programmes de sensibilisation, services de garde accessibles et culture de partage des tâches au sein des couples.
  • Valoriser le travail de soin : reconnaissance institutionnelle, mesures fiscales ou dispositifs qui réduisent la charge économique des aidants familiaux.
  • Investir dans la santé mentale au travail : accès facilité à des consultations, programmes de prévention du burn‑out et environnements de travail plus sains.
  • Ces mesures demandent une volonté politique et un engagement des entreprises. Elles demandent aussi un changement culturel : repenser les normes qui assignent encore majoritairement le soin aux femmes.

    Pourquoi il est urgent d’agir pour les générations futures

    Si rien ne change, le risque est réel : un désengagement progressif des nouvelles générations de femmes face au modèle parental traditionnel, jusqu’à renoncer à certains projets de vie pour préserver leur santé. La présidente de FEDEPE souligne d’ailleurs que la santé et le bien‑être sont aujourd’hui des leviers essentiels du développement professionnel féminin. Construire des environnements de travail réellement équitables, flexibles et compatissants n’est pas seulement une question d’égalité, c’est une condition de viabilité sociale et économique pour tous.

    Ce que nous, lectrices et lectrices de MadameMary.fr, pouvons commencer à faire

  • Poser la question de la répartition des tâches à la maison : conversations franches et planification partagée au sein des couples et des familles.
  • Rechercher et défendre les employeurs qui proposent des politiques de conciliation efficaces.
  • Prendre soin de sa santé mentale : imposer des limites, accepter de déléguer, demander de l’aide sans culpabilité.
  • Soutenir des initiatives et des services locaux qui allègent la charge (crèches, services d’aide à domicile, groupes de voisinage solidaires).
  • Changer la donne commence par de petites décisions du quotidien : demander un partage réel des responsabilités, dire non quand il le faut, et exiger des structures qui soutiennent la conciliation. Parce que nous méritons toutes de travailler et d’aimer sans que notre santé n’en paie le prix.

    By Mary