Et si votre dernière dispute en date était, en réalité, un signe de bonne santé pour votre couple ? La psychologue Paula Orell, spécialiste des relations amoureuses et praticienne en thérapie Gestalt et thérapie de couple, bouscule l’une des idées reçues les plus tenaces : celle du couple parfait qui ne se dispute jamais. Ce qu’elle révèle est contre-intuitif, mais solidement étayé — les disputes sont le secret des couples qui durent, à condition de savoir s’y prendre.

Cette psychologue révèle pourquoi les disputes sont le secret des couples qui durent

Paula Orell est catégorique : « Les couples qui durent sont ceux qui comprennent qu’on ne peut pas passer vingt ans avec une personne sans être en désaccord. » Cette affirmation peut surprendre, mais elle repose sur une réalité psychologique bien documentée. Éviter le conflit à tout prix ne préserve pas la relation — cela l’étouffe lentement.

Les chercheurs John et Julie Gottman, après avoir étudié des milliers de couples pendant plusieurs décennies, ont démontré que ce ne sont pas les couples sans disputes qui restent ensemble, mais ceux qui savent comment se disputer. Selon leurs travaux, cinq interactions positives sont nécessaires pour compenser chaque échange négatif. Autrement dit, le conflit fait partie de l’équation — ce qui compte, c’est la façon dont on le traverse ensemble.

Pourquoi l’absence de conflit est un signal d’alarme

Un couple qui ne se dispute jamais ne vit pas forcément une relation idéale. Souvent, il s’agit d’un couple où l’un ou les deux partenaires évitent la confrontation par peur du rejet, de blesser l’autre, ou de mettre fin à la relation. Ce silence coûte cher : les frustrations s’accumulent, les rancœurs s’installent, et la distance émotionnelle grandit imperceptiblement.

  • Le silence n’est pas de la paix. C’est souvent de la résignation déguisée en harmonie.
  • Les non-dits créent des murs. Ce qui n’est pas dit finit toujours par ressortir — rarement au bon moment.
  • L’évitement nourrit le ressentiment. Sans espace pour exprimer ses besoins, l’un des partenaires finit par se sentir invisible.

Paula Orell insiste : « Discuter avec respect est un ciment pour le couple. » Le désaccord exprimé, lorsqu’il est traité avec bienveillance, permet de clarifier les attentes, de rééquilibrer la dynamique et de renforcer la confiance mutuelle.

Se disputer, oui — mais pas pour gagner

Tout conflit n’est pas constructif. La différence entre une dispute qui rapproche et une dispute qui blesse tient à une chose essentielle : l’intention. Chercher à avoir raison à tout prix transforme votre partenaire en adversaire. Or, dans un couple, il n’y a pas de vainqueur isolé — on gagne ou on perd ensemble.

La psychologue María Esclápez rejoint Paula Orell sur ce point : la discussion doit être un espace d’écoute, pas un tribunal. Quelques principes concrets pour y parvenir :

  • Reformulez avant de répondre. Répétez ce que vous avez compris des propos de votre partenaire pour éviter les malentendus.
  • Parlez en « je », pas en « tu ». « Je me sens mis de côté » ouvre le dialogue ; « Tu ne m’écoutes jamais » le ferme.
  • Accueillez les émotions sans les minimiser. Dire « tu exagères » invalide le ressenti de l’autre et escalade le conflit.
  • Sachez quand faire une pause. Si la tension monte trop, une pause de vingt minutes permet au système nerveux de se réguler avant de reprendre.

Entretenir le désir : l’autre secret des couples solides

Savoir gérer les conflits est fondamental, mais ce n’est qu’une partie du travail. Paula Orell rappelle que la passion ne se maintient pas d’elle-même sur le long terme — elle se cultive. Après quelques années de vie commune, la routine s’installe et le désir peut s’émousser. Ce n’est pas un échec, c’est une étape normale.

Les couples qui traversent cette étape avec succès sont ceux qui font des choix actifs pour raviver la flamme :

  • Planifier des moments d’intimité, sans attendre que l’envie surgisse spontanément.
  • Introduire de la nouveauté : une activité inédite à deux, un voyage improvisé, un jeu de rôle — tout ce qui rompt la prévisibilité.
  • Se regarder autrement : prendre soin de soi, mais aussi prendre le temps d’observer son partenaire comme on le ferait avec quelqu’un qu’on découvre.

Il ne s’agit pas de simuler une passion artificielle, mais de reconnaître que le désir, comme une plante, a besoin d’attention et d’eau pour continuer à fleurir.

L’attirance pour d’autres : tabou ou réalité à apprivoiser ?

Paula Orell aborde sans détour un sujet que beaucoup de couples évitent : l’attirance pour des tiers. Elle est formelle — ressentir une attirance passagère pour quelqu’un d’autre ne signifie pas que l’amour pour son partenaire s’est éteint. « Aimer et désirer ne sont pas synonymes », rappelle-t-elle.

Les couples matures savent distinguer une attirance fugace d’un désir réel de remettre en question leur relation. Plutôt que de culpabiliser ou de paniquer, ils utilisent ce signal comme une invitation à interroger leurs besoins et à les exprimer à leur partenaire. L’engagement amoureux n’efface pas la sensibilité au monde extérieur — il implique de choisir, chaque jour, de rester.

Apprendre à aimer, un travail de longue haleine

Au fond, ce que Paula Orell nous invite à comprendre est simple mais exigeant : aimer ne suffit pas, il faut apprendre à aimer bien. Un couple durable n’est pas un couple sans problèmes — c’est un couple qui a développé les outils pour les traverser ensemble.

Cela passe par des pratiques concrètes et régulières :

  • La gratitude active. Dire explicitement ce qu’on apprécie chez l’autre, sans attendre les grandes occasions.
  • L’empathie intentionnelle. Chercher à comprendre le point de vue de l’autre avant de formuler le sien.
  • La responsabilité personnelle. Reconnaître ses propres erreurs, s’excuser sincèrement, et s’efforcer de ne pas les reproduire.
  • La curiosité mutuelle. Continuer à s’intéresser à l’évolution de son partenaire, car les gens changent — et c’est une chance.

Un couple qui dure n’est pas un couple figé dans un idéal romantique. C’est un couple vivant, imparfait, traversé par des tensions et des éclats de rire, des malentendus et des réconciliations. Et c’est précisément cette réalité — avec ses aspérités — qui le rend solide.

By Mary