Si, comme moi, vous aimez les films qui vous tiennent en haleine et vous laissent un goût d’inachevé longtemps après le générique, il est temps d’ajouter ce néo-western espagnol à votre liste. Réalisé par Andrea Jaurrieta, « Nina » (titre fictif utilisé ici pour rester fidèle aux informations fournies) s’impose comme un thriller de vengeance aussi élégant que brutal, porté par une interprétation magnétique de Patricia López Arnaiz. Disponible sur une plateforme de streaming, ce film explore la colère féminine avec une audace rare et une mise en scène qui capture l’atmosphère sombre et sauvage du Pays basque.
Une héroïne complexe et radicale
Nina revient dans son village côtier du Pays basque après des années d’exil — une femme façonnée par la douleur et animée par une quête de justice. Son passé pèse comme une dette émotionnelle qu’elle entend solder. Plutôt que d’adopter le rôle de victime, la protagoniste prend les rênes de son destin : elle porte une colère viscérale, symbolisée par une escopette qu’elle cache dans son sac, image forte et presque iconique qui traverse tout le film.
Le pouvoir des non-dits et des souvenirs
Le récit fonctionne sur un savant dosage entre ce qui est montré et ce qui reste tus. Le retour à l’origine déclenche une série de confrontations intimes et publiques où les souvenirs se mêlent aux ressentiments. Le personnage central affronte Pedro, un homme beaucoup plus âgé qui a marqué ses années d’adolescence de manière traumatisante. Le face-à-face psychologique est au cœur du film : plutôt que de se contenter d’un scénario manichéen, la réalisatrice choisit la nuance, laissant planer le doute sur les conséquences réelles des actes passés.
Une mise en scène au service de l’émotion
Andrea Jaurrieta signe une réalisation précise, presque chirurgicale : plans longs, lumière froide et nature comme décor oppressant. Le cadre basque, avec ses falaises, ses vents et ses rues étroites, devient un personnage à part entière. La réalisatrice sait créer une tension constante, par petites touches, sans artifice inutile. Les détails (un rouge à lèvres vif, des draps froissés, la trace d’un souvenir) prennent une valeur symbolique qui enrichit la lecture du film.
La représentation de la colère féminine
Ce qui rend ce film particulièrement intéressant, c’est la manière dont il recentre la parole et la violence sur une femme adulte qui refuse les clichés. La colère de Nina n’est pas spectaculaire pour le plaisir : elle est une force motrice, complexe, parfois contradictoire. Voir une héroïne armée, déterminée à ne pas être réduite à un rôle figé, est une bouffée d’air frais au cinéma. Ici, la rage féminine est filmée sans complaisance mais avec une empathie rare, et cela fait toute la différence.
Une performance d’actrice qui marque
Patricia López Arnaiz livre une prestation qui s’impose naturellement : nuancée, intense et magnétique. Elle parvient à rendre son personnage crédible dans ses contradictions, touchante dans ses failles et effrayante dans sa détermination. Son jeu transporte le film et donne à chaque scène une densité émotionnelle palpable.
Les thèmes qui résonnent
Le film aborde des sujets lourds — traumatisme, justice privée, mémoire — avec une économie de moyens et une puissance narrative. Il interroge aussi nos idées sur la vengeance : est-ce un exutoire, une réparation, ou une impasse ? Le retour aux origines et la confrontation avec le passé mettent en lumière les mécanismes de la résilience et les cicatrices invisibles que portent les femmes.
Une esthétique et une intensité qui restent
Visuellement, le film séduit par son esthétique léchée : costumes sobres, décors naturels, lumière travaillée. L’ensemble baigne dans une atmosphère minimale mais dense qui rend chaque plan significatif. Les choix musicaux, discrets, soutiennent la tension sans l’envahir, laissant la place aux silences lourds et aux regards.
Pourquoi le voir maintenant ?
Si vous cherchez un film qui sort des sentiers battus et propose un récit centré sur une héroïne intime et radicale, ce thriller est une excellente découverte. Il plaira aux amatrices de cinéma de genre, aux lectrices de récits psychologiques et à toutes celles qui apprécient les portraits de femmes loin des stéréotypes. C’est un film qui s’imprime, qui remue et qui invite à la discussion — idéal pour une soirée cinéma entre amies suivie d’un long débat autour d’un verre.
MadameMary.fr vous recommande de garder une couverture chaude et une tasse de thé à portée de main pour accompagner ce film intense : vous en sortirez probablement remuée, mais aussi enrichie par une œuvre qui ose donner voix à une colère rarement explorée de manière aussi frontale.
