Madame Mary

Cette phrase d’une écrivaine de 1892 va vous couper le souffle : l’éducation des femmes n’était que “doma”

Éduquer ou dresser ? Ce que nous enseigne encore Emilia Pardo Bazán

En feuilletant l’histoire des grandes voix qui ont secoué les consciences, je suis retombée sur une phrase d’Emilia Pardo Bazán qui, plus d’un siècle après sa prononciation, fait toujours frissonner : « La éducation de la mujer no puede llamarse tal, sino doma, pues se propone obtener la docilidad y la sumisión. » Traduisons sans détour : l’éducation des femmes n’était pas conçue pour les émanciper mais pour les rendre dociles. Cette idée, prononcée en 1892 lors d’un congrès pédagogique à Madrid, dit énormément sur la manière dont les rôles ont été sculptés, et elle nous invite aujourd’hui — depuis MadameMary.fr — à repenser ce que nous transmettons à nos filles, nos sœurs, nos amies et à nous-mêmes.

Quand « éduquer » rime avec « formater »

Le propos de Pardo Bazán n’était pas seulement une critique des écoles ou des manuels scolaires. Elle visait surtout un système social plus vaste qui, sous couvert d’éducation, enseignait aux femmes à rester à leur place : épouse, mère, bonne ménagère, figure conciliatrice de la maison. Cette « doma », ce dressage, transforme l’éducation en un outil de reproduction sociale plutôt qu’en une clef d’accès à l’autonomie individuelle. C’est une nuance essentielle : éduquer devrait ouvrir des possibles ; dresser, au contraire, en restreindre.

En tant que magazine dédié à l’art de vivre et au bien-être, nous aimons célébrer les petits bonheurs, mais nous ne devons pas oublier que ces plaisirs doivent reposer sur la liberté de choisir sa vie. Pardo Bazán l’a compris : sans accès réel au savoir, à la profession, à la parole publique, il est facile de normaliser la dépendance et la subordination comme si elles étaient une conséquence naturelle du sexe féminin.

Des combats concrets et une trajectoire inspirante

Ce qui rend la démarche de Pardo Bazán encore plus inspirante, c’est qu’elle ne se contentait pas de théoriser. Elle a agi : écrivain prolifique, éditrice, fondatrice de revues, promotrice d’une « Bibliothèque de la Femme » — autant d’initiatives destinées à mettre la connaissance à portée des femmes. Elle a revendiqué le droit d’accéder aux mêmes espaces intellectuels que les hommes et a réussi, contre vents et préjugés, à obtenir une chaire universitaire en 1916, devenant la première femme titulaire d’une chaire en Espagne. Une victoire symbolique, mais aussi limitée : l’ouverture des portes fut partielle et les résistances nombreuses.

Les récits qui disent tout

Ses nouvelles et romans mettent en scène des femmes prises dans des engrenages : mariage, pauvreté, violence, dépendance économique. Ces personnages ne sont pas seulement des victimes ; ce sont des témoins d’un monde qui réprime les désirs d’indépendance. Dans « El encaje roto », une jeune femme rompt un fiancé lorsque la vraie nature de ce dernier se révèle — un geste minuscule en apparence, gigantesque pour son autonomie. Dans « Las medias rojas », le rêve d’émigration d’Ildara est brisé par la violence familiale. Pardo Bazán montre avec une précision presque clinique comment le corps féminin devient le territoire où se joue le pouvoir social.

Éduquer pour l’autonomie : une revendication toujours d’actualité

Au cœur de son argument : l’éducation est le vecteur principal de l’autonomie. Offrir les mêmes outils intellectuels aux femmes qu’aux hommes, c’est rendre impossible l’argument de la « nature » qui voudrait justifier la soumission. Aujourd’hui encore, cette réflexion nous invite à interroger nos écoles, nos familles, nos médias. Quels messages envoient-ils aux jeunes filles ? Leur donne-t-on la place pour se questionner, pour penser, pour choisir une trajectoire professionnelle ou personnelle non dictée par les attentes traditionnelles ?

Ce que cela signifie pour nous, au quotidien

  • Repensez les modèles : valoriser des modèles féminins diversifiés — scientifiques, entrepreneures, artistes, sportives — dans nos conversations et dans l’éducation des enfants.
  • Encourager la pensée critique : poser des questions, débattre, cultiver la curiosité plutôt que l’obéissance aux normes établies.
  • Transmettre l’autonomie pratique : apprendre à gérer son argent, à prendre des décisions informées sur la santé, la carrière et la vie familiale.
  • Dans notre rubrique Bien‑être et Évasion, on parle souvent d’équilibre et de petits rituels pour se sentir bien. Mais l’autonomie dont parlait Pardo Bazán est tout aussi essentielle au bien‑être : elle permet de choisir ses rituels, ses voyages, son travail, sa maison et ses plaisirs. L’autonomie est la condition d’un art de vivre choisi et non subi.

    Les institutions et la symbolique des portes fermées

    La vie de Pardo Bazán expose aussi la contradiction des institutions : reconnue pour son talent, elle se voyait refuser l’accès aux lieux de pouvoir, comme la Real Academia Española. Cette double réalité — d’un côté la reconnaissance publique, de l’autre l’exclusion institutionnelle — résonne encore aujourd’hui dans certains secteurs où la représentation féminine reste timide ou instrumentalisée.

    Pourquoi relire Pardo Bazán aujourd’hui

    Relire ses mots, c’est se souvenir que les progrès obtenus ne sont pas acquis une fois pour toutes. C’est aussi rappeler que l’éducation que nous développons, individuellement et collectivement, doit viser l’émancipation. Dans nos pages Shopping, Mode, Maison, nous aimons proposer des idées qui embellissent le quotidien ; mais se contenter d’une esthétique sans penser l’émancipation intellectuelle et sociale reviendrait à cautionner une forme de « domestication » moderne.

    En filigrane, Pardo Bazán nous propose une invitation : œuvrer pour que l’éducation, les conversations, les pratiques quotidiennes soient des leviers de choix et non des moules d’obéissance. C’est une tâche collective, qui commence à la maison, se poursuit à l’école, se prolonge au travail et se nourrit des récits que nous choisissons de transmettre.

    À travers MadameMary.fr, j’aime offrir des fenêtres sur des vies inspirantes et des astuces pour embellir le quotidien. Aujourd’hui, ces fenêtres s’ouvrent aussi sur des voix du passé qui nous poussent à interroger notre présent et à agir pour un avenir où chaque femme puisse vraiment décider de sa vie.

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