Fériés qui tombent un samedi : pourquoi tout le monde n’est pas remboursé — l’éclairage utile pour les travailleuses

Dans nos vies actives où chaque jour compte, l’idée de « perdre » un jour férié parce qu’il tombe un samedi fait souvent jaser. Sur les réseaux, une manchette accrocheuse a récemment agité les esprits : « Finie la perte du jour férié tombant un samedi, le Tribunal oblige à compenser ». Bonne nouvelle ? Pas tout à fait. En tant que fondatrice de MadameMary.fr, je crois qu’il est important d’expliquer simplement ce que dit la loi et, surtout, à qui elle s’applique réellement.

Que s’est-il passé exactement ?

La rumeur provient d’une décision de la Cour suprême remontant à juillet 2024. Dans cette affaire, des salariés d’un magasin — qui travaillaient par roulement, incluant week-ends et jours fériés — ont vu la Justice leur reconnaître le droit d’être compensés lorsqu’un jour férié coïncidait avec leur jour de repos hebdomadaire. Concrètement, leur employeur ne leur attribuait pas de jour compensatoire et ils perdaient donc la jouissance effective de ce férié : la Cour a estimé que ce n’était pas acceptable.

Pourquoi cette jurisprudence ne s’applique pas à tous ?

La clé, et c’est là que tout se complique, réside dans la différence entre « repos hebdomadaire » et « jour férié ». L’article 37 du Statut (équivalent du Code du travail dans certains pays) prévoit un repos minimal hebdomadaire d’un jour et demi ininterrompu, et fixe également un nombre annuel de jours fériés à respecter. Les tribunaux considèrent que le férié a un but distinct : il ne remplace pas automatiquement le repos hebdomadaire. Cependant, la jurisprudence protectrice vise principalement les salariés dont le repos n’est pas toujours fixé aux mêmes jours — autrement dit, les travailleurs en rotation ou en astreinte qui voient parfois leur repos tomber un jour férié différent d’une semaine sur l’autre.

Qui est vraiment concerné ?

Il faut distinguer deux profils :

  • Les travailleurs à horaires fixes (par exemple, ceux qui travaillent du lundi au vendredi) : si un jour férié tombe un samedi — jour où ils ne travaillent jamais — la loi considère généralement qu’ils bénéficient déjà du repos correspondant et perçoivent leur salaire normalement. Il n’y a donc pas d’obligation automatique pour l’employeur de « rendre » ce férié sous forme d’un jour de congé supplémentaire.
  • Les travailleurs à horaires rotatifs (par exemples, infirmières, caissières en supermarché, agents de sécurité, etc.) : pour eux, le jour de repos hebdomadaire varie. Si, dans la planification des roulements, un férié coïncide avec le jour où ils étaient censés être en repos, ils peuvent effectivement perdre un repos effectif. Dans ces cas, la jurisprudence recentre le débat sur le droit à un repos effectif et condamne, le cas échéant, l’employeur à compenser.
  • Que dit la loi sur la compensation ?

    Lorsque la situation entraîne une perte réelle du férié pour un travailleur en rotation, la solution peut prendre deux formes selon les conventions et accords :

  • Un jour de repos compensatoire à planifier à une autre date.
  • Une compensation économique, si le conventionnel le prévoit.
  • Tout dépend donc du contrat de travail, des accords collectifs applicables et des pratiques dell’entreprise. C’est pourquoi cette question n’a pas de réponse universelle mais requiert une analyse au cas par cas.

    Pourquoi tant d’incompréhension ?

    Le phénomène du « clickbait » n’aide pas : des titres chocs circulent sans nuance et laissent entendre une mesure générale alors que la réalité judiciaire est plus ciblée. Beaucoup espèrent naturellement que l’on « récupère » un jour férié qui tombe le weekend — qui n’est pas le cas pour ceux dont le repos hebdomadaire est toujours fixé le week-end. Mais pour les travailleuses en horaires variables, la décision est effectivement une victoire : elle réaffirme le principe du droit à un repos effectif.

    Ce que vous pouvez faire si vous êtes concernée

  • Vérifiez votre contrat de travail et la convention collective : certaines conventions prévoient explicitement des compensations pour les fériés coïncidant avec des jours de repos.
  • Consultez votre planning de roulement : si vos jours de repos ne sont pas fixes et qu’un férié coïncide avec votre repos, notez les occurrences et confrontez-les à votre employeur.
  • En cas de doute, contactez un représentant du personnel ou un syndicat : ils peuvent vous aider à interpréter la loi et à défendre vos droits.
  • Un mot pour nos lectrices actives

    Ce sujet illustre bien la complexité des droits du travail et l’importance d’une information nuancée. Chez MadameMary.fr, nous aimons partager des conseils pratiques et éclairés : connaître vos droits, c’est vous donner le pouvoir d’agir. Si vous travaillez en horaires rotatifs, soyez vigilante à vos plannings ; si vous pensez être lésée, documentez les faits et informez-vous auprès des instances compétentes.

    By Mary