Madame Mary

Jeûne intermittent : la vérité choc d’un nutritionniste — pourquoi il ne fait pas mieux qu’une simple diète hypocalorique

Le jeûne intermittent fait encore parler — et pas toujours pour les bonnes raisons. Dans notre quête du bien-être et d’un équilibre qui nous ressemble, il est essentiel de démêler le vrai du faux. Récemment, le nutritionniste Óscar Hurtado a rappelé des points essentiels : si votre objectif principal est la perte de poids, le jeûne intermittent n’apporte pas d’avantage démontré supérieur à celui d’une alimentation hypocalorique classique. Autrement dit, ce n’est pas une potion magique et, pour beaucoup, ce n’est ni nécessaire ni plus efficace qu’une réduction raisonnée des calories.

Pourquoi le jeûne intermittent séduit (mais reste insuffisamment prouvé)

Le jeûne intermittent a ses partisans : certaines personnes rapportent une amélioration de leur relation à la nourriture, une perte de poids ou une meilleure gestion de l’appétit. Toutefois, Hurtado rappelle que les preuves scientifiques sont nuancées. De nombreuses études sur le sujet ont été menées majoritairement sur des hommes, puis généralisées aux femmes sans analyses spécifiques. Or, physiologiquement, les réponses métaboliques et hormonales peuvent différer selon le sexe. Résultat : le jeûne peut fonctionner pour certaines personnes, dans certaines situations, mais il n’est pas universellement supérieur à une réduction calorique continue.

En pratique, si vous perdez du poids avec un protocole hypocalorique classique (manger moins de calories que ce que vous dépensez), vous obtiendrez des résultats très proches du jeûne intermittent. C’est la balance énergétique qui demeure la clef, plus encore que la temporalité des prises alimentaires.

Risques et signaux d’alarme à connaître

Hurtado souligne un point préoccupant : une proportion non négligeable de personnes qui pratiquent le jeûne intermittent présentent des signes associés à des troubles du comportement alimentaire (TCA). Il avance une statistique frappante — environ 33 % des personnes faisant du jeûne intermittent obtenant un résultat positif à un test de dépistage de TCA — même si cette proportion n’apparaît pas nécessairement dans tous les travaux scientifiques. Néanmoins, la corrélation entre jeûne intermittent et symptômes de TCA a été observée, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes, surtout chez les femmes.

Certaines situations rendent le jeûne clairement déconseillé : personnes ayant un antécédent de trouble alimentaire, très faible poids, ou encore en phase de croissance (adolescents). Dans ces contextes, forcer une fenêtre de privation alimentaire peut fragiliser la santé physique et mentale.

Ni extrêmes ni dogmes : trouver ce qui vous convient

Dans le débat « six petits repas par jour » contre « fenêtres de jeûne prolongées », Hurtado adopte une position équilibrée : ni l’un ni l’autre n’est une vérité absolue. Certains influenceurs vantent 18 heures de jeûne, d’autres prônent des repas fréquents. Ce qui importe réellement, selon lui, c’est le fonctionnement physiologique de notre tube digestif et notamment le complexe moteur migrant, ce mécanisme qui nettoie l’intestin en l’absence de prise alimentaire suffisante. Pour qu’il s’active correctement, il faut des intervalles d’au moins trois heures et demie entre les repas.

Le point positif du jeûne est qu’il crée ces larges périodes sans apport, permettant au système digestif de faire son travail. Le revers de la médaille ? Pendant la fenêtre autorisée, certaines personnes se retrouvent à absorber une quantité calorique très importante, surchargent leur système digestif et perturbent leur confort intestinal. À l’opposé, grignoter en continu empêche le complexe moteur migrant d’agir et peut favoriser l’apparition de problèmes comme le SIBO (prolifération bactérienne de l’intestin grêle), à l’origine de ballonnements et d’inconfort.

La durabilité : un point souvent négligé

Un argument pratique à retenir : Hurtado mentionne que la grande majorité des personnes (il évoque 97 %) qui commencent le jeûne intermittent abandonnent à moyen terme. Cela soulève la question fondamentale de la durabilité : un régime, quel qu’il soit, n’est utile que s’il peut être tenu sur la durée et s’il respecte le bien-être physique et psychologique de la personne.

Si vous envisagez le jeûne intermittent, demandez-vous : puis-je le pratiquer sans frustration, sans obséder la nourriture, tout en maintenant une relation saine avec mes repas ? Si la réponse est non, ce n’est peut-être pas pour vous.

Pour qui le jeûne intermittent peut-il marcher ?

Certains profils y trouvent un avantage : par exemple, les personnes qui naturellement ne ressentent pas la faim le matin peuvent « jeûner » sans effort, simplement en sautant le petit-déjeuner. Pour elles, le jeûne est davantage une adaptation à leur appétit qu’une contrainte.

  • Peut convenir à celles/ceux qui n’ont pas d’antécédent de TCA
  • Peut aider à organiser les prises alimentaires et réduire les fringales chez certains
  • Moins conseillé pour les adolescents, les personnes en sous-poids ou avec antécédents de TCA
  • Souvent abandonné sur le long terme par la majorité
  • Conseils pratiques pour aborder le sujet avec sagesse

    – Écouter son corps : ne vous imposez pas un protocole parce qu’il est à la mode. Si vous n’avez pas faim le matin, adaptez-vous naturellement. Si vous êtes affamée et irritable, questionnez la pertinence du jeûne pour vous.

    – Prioriser la qualité : quelle que soit la fenêtre alimentaire choisie, favorisez une alimentation équilibrée, riche en fibres, en protéines de qualité et en végétaux, pour préserver la microbiote et la santé rénale et métabolique.

    – Consulter si besoin : si vous avez des antécédents de troubles alimentaires, des problèmes de santé ou un rapport compliqué à la nourriture, parlez-en à un professionnel avant d’expérimenter.

    – Penser durable : un plan passe-partout qui semble « rapide » mais impossible à tenir ne sert à rien sur le long terme. L’objectif doit être d’améliorer votre bien-être durablement.

    Et si le jeûne n’est pas pour vous ?

    Rassurez-vous : de nombreuses approches efficaces existent. Une diète hypocalorique bien pensée, l’attention à la satiété, l’équilibre des macronutriments, l’activité physique régulière et un sommeil réparateur offrent souvent des résultats tout aussi solides sans imposer de fenêtres strictes. L’essentiel est d’opter pour une méthode respectueuse de votre rythme et de vos besoins.

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