Madame Mary

Pourquoi s’ennuyer change tout : le psychologue qui prône l’ennui comme remède miracle au bonheur constant

Pourquoi l’ennui est devenu un luxe : remettre de la lenteur dans nos vies

Dans un monde où tout pousse à l’immédiateté, l’idée que l’ennui puisse être salutaire surprend. Joan Soler, psychologue et vulgarisateur en bien‑être émotionnel, nous rappelle pourtant une vérité simple : sans contraste, le plaisir perd sa saveur. À l’ère des stimulations permanentes — notifications, séries en continu, rush d’activités — notre cerveau finit par s’habituer à l’excitation. Résultat ? Les sommets d’adrénaline ne procurent plus le même frisson, et nous cherchons sans cesse une intensité supérieure pour ressentir quelque chose.

Le rôle de la dopamine et l’adaptation hédonique

Pour comprendre ce mécanisme, Soler évoque le système dopaminergique : ce moteur interne de la motivation qui nous pousse à apprendre et à répéter ce qui fonctionne. La dopamine produit des pics de plaisir quand un événement est inattendu ou particulièrement gratifiant. Mais si l’on reste constamment sur un mode « haut voltage », le cerveau finit par normaliser cette stimulation. C’est ce qu’on appelle l’adaptation hédonique : on s’habitue aux nouvelles circonstances, bonnes ou mauvaises, et on revient à un niveau émotionnel de base.

Autrement dit, si tout est agréable en permanence, rien n’a vraiment de relief. L’idée de Soler est contre‑intuitive mais solide : pour savourer les moments heureux, il faut accepter qu’il existe aussi des moments creux, calmes ou même inconfortables. Ces moments servent de repères qui revalorisent ensuite les instants plaisants.

Pourquoi s’ennuyer est bon pour la créativité

On a souvent associé l’ennui à une perte de temps. Mais la neuropsychologie montre aujourd’hui qu’un état de faible stimulation favorise au contraire la créativité et l’imagination. Quand le flux d’informations baisse, le cerveau a l’espace nécessaire pour vagabonder, faire des connexions inédites et générer des idées nouvelles. Soler rappelle que ces « espaces blancs » sont précieux : ils augmentent l’engagement dans les tâches, permettent de revenir avec une meilleure concentration et dopent la productivité sur le long terme.

Repenser notre rapport au confort permanent

Vivre en permanence dans le confort et l’excitation crée deux risques majeurs : d’une part, l’escalade comportementale — où l’on cherche sans cesse une stimulation plus intense — qui peut mener aux excès et aux addictions ; d’autre part, une forme d’engourdissement émotionnel où rien ne provoque plus d’élan. Soler invite à accepter les petites contrariétés, les temps de calme et même un peu d’inconfort comme des ingrédients nécessaires d’une palette émotionnelle riche.

Pratiques concrètes pour réintroduire du contraste

  • Accueillir 15 minutes d’ennui conscient chaque jour : laisser son esprit flotter sans écran ni tâche précise.
  • Planifier des journées avec des plages sans rendez‑vous ni objectifs : réapprendre à ne rien prévoir.
  • Pratiquer des activités qui demandent patience et lenteur — cuisine longue, jardinage, tricot — pour retrouver le goût du processus.
  • Limiter les dispositifs de dopamine rapide : réduire les réseaux sociaux, désactiver certaines notifications, instaurer des pauses numériques.
  • Se challenger par petites frictions : accepter une file d’attente, marcher au lieu de prendre la voiture pour un court trajet, afin de recréer du contraste.
  • Le paradoxe du privilège : quand l’ennui devient rare

    Dans nos sociétés hyperactives, le temps libre non organisé est devenu presque un privilège. Soler souligne que s’ennuyer intentionnellement demande une posture : il faut oser lâcher la pression de l’efficacité permanente. Cela signifie parfois réapprendre à « ne rien faire » sans culpabiliser, et à le considérer comme un soin mental plutôt qu’un gaspillage. En ce sens, l’ennui devient une ressource précieuse pour notre bien‑être.

    Accepter la variabilité émotionnelle

    L’un des messages forts de Joan Soler est d’apprendre à ne plus fuir systématiquement l’inconfort. Il ne s’agit pas de rechercher la souffrance, mais d’accepter qu’une vie pleine comporte des hauts et des bas. Cette variabilité permet d’expérimenter toute la gamme des émotions : sans elle, les bons moments perdent en intensité. Soler rappelle aussi que des expériences légèrement désagréables peuvent renforcer la résilience et la capacité à apprécier ensuite ce qui est vraiment positif.

    Petits rituels pour cultiver le contraste au quotidien

  • Commencer la journée sans consulter son téléphone pendant 30 minutes.
  • Instaurer un « moment sans but » hebdomadaire : promenade sans destination, lecture sans attente de productivité.
  • Pratiquer la pleine conscience lors des tâches ordinaires : sentir, observer, sans chercher à produire.
  • Apprendre à dire non aux sollicitations superficielles pour préserver des temps calmes.
  • Une invitation à retrouver le plaisir des choses simples

    En fin de compte, réapprendre l’ennui revient à redonner du sens aux petits plaisirs de la vie : un café savouré, une conversation vraie, un coucher de soleil observé sans filtre. Mary, qui aime partager idées et rituels pour embellir le quotidien, verrait dans cette proposition une belle opportunité : offrir à ses lectrices des astuces concrètes pour créer des bulles de lenteur et, par contraste, rendre chaque moment joyeux plus intense et mémorable.

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