Pourquoi vous ne parvenez pas à tout faire — et comment reprendre le contrôle en douceur

On vit dans un monde où l’urgence s’installe comme un décor permanent. Entre les notifications qui n’en finissent plus, les tâches professionnelles à abattre et la volonté de « tout faire bien », il est facile de se sentir débordée. En tant que fondatrice de MadameMary.fr, j’observe au quotidien ces rythmes effrénés chez mes lectrices : elles veulent profiter, créer, travailler, s’occuper de la maison et prendre soin d’elles… le tout en même temps. Le philosophe Byung‑Chul Han offre un éclairage précieux sur ce phénomène : il parle d’autoexploitation, une forme d’épuisement où nous devenons nos propres bourreaux, persuadées que chaque minute gagnée doit être immédiatement réinvestie.

De l’exploitation extérieure à l’autoexploitation

Autrefois, la pression venait d’un patron, d’un système, d’un cadre visible. Aujourd’hui, cette pression est devenue intime : c’est nous qui exigeons l’efficacité maximale. Acheter un plat préparé pour gagner du temps, utiliser un assistant numérique pour accélérer une tâche, écouter un livre audio en accéléré… autant de petites astuces censées libérer des heures qui, paradoxalement, servent surtout à remplir encore plus notre emploi du temps. Han explique que nous ne sommes plus contraints de l’extérieur, nous nous imposons des standards de performance, persuadées que c’est là la voie de la réussite et du bonheur.

La fausse promesse des « minutes gagnées »

Chaque outil censé nous faire gagner du temps nous permet souvent d’en faire plus, pas d’en vivre davantage. Le temps « sauvé » devient une nouvelle case à remplir : une tâche supplémentaire, un nouveau projet, une activité à ne pas manquer. La liberté promise se transforme en injonction : « tu peux, tu dois, tu feras mieux ». Ce mécanisme crée de la culpabilité quand on ose ralentir, et fait basculer le repos réel en simple pause productive.

Les effets concrets sur notre bien-être

  • Fatigue chronique et sensation de burn-out : l’épuisement naît progressivement, souvent sans signe avant‑coureur majeur.
  • Anxiété et rumination : la to‑do list devient une voix intérieure permanente qui ne s’éteint jamais.
  • Culpabilité de profiter : se détendre devient suspect, perçu comme du temps volé à la productivité.
  • Ces conséquences nuisent autant à notre santé mentale qu’à notre créativité et notre capacité à savourer la vie.

    Les réseaux sociaux : l’amplificateur invisible

    Les plateformes renforcent la logique de la performance. Elles exposent des vies stylisées en permanence, nourrissent la comparaison et rendent la pression plus diffuse mais plus percutante. On confond souvent approbation sociale et accomplissement personnel : un like ne remplace pas une vraie pause, et pourtant il peut nous pousser à enchaîner encore et encore.

    Changer de posture : des gestes simples pour se ménager

    La bonne nouvelle, c’est qu’on peut agir, progressivement et sans dramatiser. Voici quelques pistes concrètes, faciles à intégrer au quotidien :

  • Redéfinir sa to‑do list : prioriser trois tâches importantes par jour au lieu de tenter l’impossible.
  • Planifier des temps de non‑faire : réserver des plages sans objectif, véritablement vides, pour laisser émerger l’ennui créatif.
  • Diminuer les interruptions : couper les notifications à heures fixes pour se préserver des micro‑tâches qui fragmentent l’attention.
  • Accepter l’imperfection : décider que « suffisant » est une réussite et renoncer au mythe de la performance parfaite.
  • Des rituels de repos faciles à adopter

    Le repos ne se limite pas à dormir plus : il s’agit d’apprendre à se réapproprier des moments sans objectifs. Quelques idées pour commencer :

  • Le rituel du matin sans écran — 20 minutes pour lire un chapitre, écrire quelques lignes ou simplement respirer.
  • Des pauses promenades — marcher 10 minutes sans écouteurs pour reposer l’esprit.
  • La règle des petits pas — remplacer une activité « productive » par une activité plaisante plusieurs fois par semaine.
  • Transformer la liberté en bienveillance

    Byung‑Chul Han nous met en garde contre l’illusion : croire que « tout est possible » conduit souvent à l’injonction « tu dois tout faire ». La piste que je propose à mes lectrices sur MadameMary.fr est plus douce : reconquérir sa liberté en la remplissant de bienveillance. Être libre, c’est aussi choisir de ne pas être performante à chaque instant et accepter que le repos soit un acte utile, non coupable.

    Un petit plan d’action pour démarrer

  • Identifier une habitude à alléger (réduire la vitesse d’écoute, diminuer les sessions multitâches).
  • Programmer une mini‑pause quotidienne de 15 minutes, non négociable.
  • Remplacer une tâche « par obligation » par une activité qui nourrit — lecture, cuisine, marche.
  • Évaluer après deux semaines les bénéfices ressentis : sommeil, humeur, concentration.
  • Reprendre le contrôle n’exige pas de révolution : juste une série de choix répétés, doux et réalistes. En adoptant de petites ruptures avec la logique de la productivité à tout prix, on retrouve du temps pour soi, de la présence et du plaisir — des ingrédients essentiels pour une vie pleinement savourée.

    By Mary